De nombreux articles et vidéos abordent les huiles essentielles. Boostées par une quête de naturel de plus en plus présente, elles ne laissent personne indifférent : certains les vénèrent et les utilisent à toutes les sauces, d’autres s’en méfient comme d’un « poison de sorcière ».
La réalité est, comme souvent, bien plus nuancée. En tant que chimiste, je vous explique ce que sont vraiment ces extraits, les précautions à prendre et comment je les intègre (ou non) dans mes produits maison.
Une huile essentielle, c'est quoi?
Dans « huile essentielle », il y a d’abord le mot huile. Et pour cause : elles sont solubles dans les corps gras (lipophiles) et insolubles dans l’eau (hydrophobes). Retenez bien ce point, il est crucial pour la sécurité !
Ensuite, il y a le mot essentielle. Pour comprendre ce terme, deux éléments sont importants :
L’essence aromatique : Elle contient les molécules volatiles et odorantes de la plante. C’est ce qui explique le mauvais usage fréquent qui consiste à les utiliser « juste pour parfumer ».
- La « Quinte-essence » : Pour extraire quelques millilitres d’huile essentielle, il faut parfois des dizaines de kilos de plantes. C’est un concentré extrême, la substantifique moelle du végétal. Ce sont des composés précieux qui ne devraient pas être banalisés par l’effet de mode actuel. Alors même si elles sentent bon et sont « naturelles », parfumer son sol avec une Huile essentielle de lavande, c’est comme utiliser un grand cru pour faire une vinaigrette : un contresens écologique et technique.
Que contient une huile essentielle?
C’est un concentré de molécules actives. Pour les comprendre, il faut faire un peu de chimie. Mais pas de panique : dans la nature, tout est chimie. Les atomes (les plus petits éléments) s’assemblent pour former des molécules. La nature est remplie de ces assemblages, de nos cellules à notre alimentation. L’homme a d’abord appris à comprendre cette chimie naturelle avant de vouloir la reproduire en laboratoire.
Naturel versus synthétique
Aujourd’hui, pour obtenir une molécule intéressante pour le soin, deux écoles s’affrontent :
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L’extraction naturelle : On bénéficie d’une cohérence biologique et d’une richesse complexe (le « totum »). La synergie entre les centaines de molécules d’une plante est souvent bien plus bénéfique qu’une molécule isolée.
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La synthèse : Elle offre souvent une meilleure rentabilité et stabilité, tout en protégeant parfois certaines espèces menacées de surexploitation. Mais la biocompatibilité (la façon dont notre corps reconnaît et accepte la molécule) n’est pas toujours au rendez-vous.
Naturel ne veut pas dire sans risque
Si les médicaments ont des dosages et des précautions d’usage, il en va donc de même pour les huiles essentielles.
Elles peuvent être, comme les médicaments :
- irritantes en usage cutané,
- allergisantes,
- neurotoxiques ou perturbatrices endocriniennes
- photo-sensibilisantes .
Les précautions nécessaires
Elles nécessitent donc :
- un dosage précis, tenant compte de la fréquence d’usage
- un mode d’application adapté (jamais pures sur la peau)
- une adaptation en fonction de pathologies, de l’âge ou se situation spécifique de chacun (grossesse, cancer..)
- une prise en compte des applications de toutes les molécules au cours d’une journée (si usage de plusieurs produits)
Comment les utiliser au quotidien sans risque?
En cosmétique : Oui, mais avec parcimonie
En saponification : J’aime les utiliser à petite dose dans mes savons. On les ajoute au corps gras et le rinçage limite les risques d’absorption.
En baumes médicinaux : C’est leur place idéale ! Diluées dans un support gras, elles deviennent des alliées puissantes pour un soin ciblé. Toujours dans le respect des dosages et fréquences d’utilisation bien sûr.
En crème visage : C’est au cas par cas. Jamais sur le long terme et toujours en sous-dosant volontairement pour limiter l’effet cocktail si on utilise plusieurs produits dans la journée.
Pour le ménage : Un grand NON
Puisqu’elles ne se mélangent pas à l’eau, elles font courir des risques inutiles à la flore et la faune aquatique (elles ne sont pas toujours traitées en station d’épuration). Et puis, n’est-ce pas dommage de gaspiller des produits aussi précieux « juste » pour sentir le propre alors qu’il n’a pas vraiment d’odeur?
SI le sujet de l’odeur de propre t’intéresse, lis cet article.
En conclusion, les huiles essentielles sont des composés puissants, concentrés et actifs. Elles peuvent et doivent être envisagées comme des soins, et donc utilisées dans le respect des dosages et des précautions d’emploi. Pas « juste » pour sentir bon. Et bien sûr comme tout produit à la mode, vous trouverez des qualités bien différentes devant l’appât commercial, donc privilégiez les distillateurs-cueilleurs estampillés Nature et Progrès et Syndicat des SIMPLES. Le mieux étant de favoriser les plantes locales bien sûr.


